Automne 2026

Une joie partagée
Édito
Au vu de la situation en cours, faire une présentation sommaire de ce numéro serait quelque peu hors de tout propos. Le week-end qui vient de s’achever aura été le terrain d’une joie intense et partagée par-delà tout le mensonge social et politique. Aux détours des rues, chaque regard, chaque sourire était peuplé d’une joie, d’une fierté de vivre.

À celles et ceux du 17 octobre
Communiqué
À tous ceux qui, dans le déchaînement de mensonges et de médiocrité qui a suivi le 17 octobre, s’attachent encore à voir les évènements tels qu’ils ont été vécus.

Notes pour le monde de la fin
Par Œdipa Maas
Nous voulions partager quelques réflexions, même si nous arrivons tard. Chaque fois que nous devons nous atteler à une tâche, nous nous heurtons à la dimension du temps. Toujours la question du temps. Et ce n’est pas un détail mineur.

Contre, tout contre la Nouvelle droite (1)
Par Guy Hocquenghem
Ironie : la Nouvelle droite n’a pas que de vieux habits. Avec Alain de Benoist, elle invoque la Logique contemporaine, [Bertrand] Russell ou Pasolini. Elle est pour l’avortement, elle utilise la génétique moderne. Elle veut penser l’avenir dans le cadre de la mort de l’humanisme traditionnel. En face, elle ne rencontre que la mobilisation des piétismes et des fidéismes.

Contre, tout contre la Nouvelle droite (2)
Par Guy Hocquenghem
Nous continuons l’enquête sur les fondements philosophiques de la Nouvelle droite (voir « Nouvelle droite : l’Impossible universel » dans Libé d’hier). À travers leurs « audaces théoriques », les auteurs de la Nouvelle droite visent des publics spécifiques. Nous étudions aujourd’hui le subtil rapport qui s’établit entre les fondements de l’éthologie et ceux du mouvement écologique contemporain, et le rôle discret de l’idéologie néo- droitiste dans les débats actuels sur l’avortement, l’euthanasie ou le suicide.

Le vent d’hiver
Par Roger Callois
Dressés contre un monde qui les satisfait peu, les réfractaires ressentent en commun le même besoin d’action et souffrent de la même incapacité d’agir. Ils aperçoivent qu’il faut s’unir pour être fort, mais, craignant que ce moyen soit plus onéreux que la faiblesse qui leur pèse, ils appréhendent que l’union leur fasse consentir plus de sacrifices que l’impuissance ne leur imposait de renoncements.

La question de l’écologie, 1973
Par Georges Canguilhem
Il ne sera pas directement question de pollution, de déchets, de pesticides devenus pestifères et de tout l’arsenal de termes dont le journalisme s’est emparé pour répondre à l’intérêt d’un public, orienté précisément par le journalisme lui-même.
Remarquons tout de suite que pollution, déchets et le reste désignent des phénomènes de dégradation qualitative, effets d’opérations et de processus techniques sur lesquels reposent la prospérité des sociétés industrielles contemporaines, quel qu’en soit le régime politique.

Mort de la parole ?
Par Giorgio Agamben
Dans cet article paru en 1968, inédit en français, le philosophe Giorgio Agamben analysait les mutations du langage à l’œuvre, mettant en lumière la tension croissante entre la parole vivante et le triomphe de la codification, nous alertant sur l’important pour la parole de ne pas constituer un simple code d’information, mais la réalité qui fonde et donne un sens à notre existence sur terre.

Le dîwân de l’éternité
Par Malgoures
Voilà quelque temps que je lis toujours ce recueil : Le Divan du Tamarit de Federico García Lorca. Je ne sais sortir de ces vers mystérieux, de ces non-dits qui planent par-dessus les poèmes, enchaîné au rythme même qu’il a su inventer. L’attrait pour un texte n’a pas à avoir de raison, il a une certaine lumière par laquelle je suis parmi tant d’autres, attiré. Ce qu’il évoque est le commun des hommes, la mort et l’amour. Ce qui rend peut-être le recueil envoûtant. Il y a, dans la simplicité de ces thèmes, toute notre personnalité, notre propre attitude par rapport à ceux-ci qui définissent notre manière d’être.

La photo d’après – Partie I
Par Elie Meytqalech
On pourrait commencer par demander ingénument : qu’est-ce qui a changé avec le régime numérique, quant à la photographie ? On verrait se bousculer plusieurs réponses, plus ou moins évidentes.
Et pourtant, le changement le plus patent, le plus significatif, se trouve peut-être du côté de la manière de voir. Désormais une photo n’est plus un objet séparé. Elle apparaît de plus en plus souvent, presque toujours, sur un écran connecté. Cette surface qui délivre la photo pourrait présenter autre chose, et présentera certainement autre chose très vite après le bref aperçu de ladite photo.

La photo d’après – Partie II
Par Elie Meytqalech
Comme nous l’avons signalé dans la première partie, ce que le régime numérique a confisqué, c’est d’abord la possibilité de détruire les images, ou du moins un contact avec cette possible destruction. Il est remarquable que les images en régime numérique n’aient plus aucune fragilité, mais qu’elles soient en revanche extrêmement éphémères, disparaissantes. Cette caractéristique va de pair avec une matérialité confisquée, une illusion d’éternité.

Exigence, référent et persistance de l’aura
Par Elie Meytqalech
Un siècle environ nous sépare des premières publications de Walter Benjamin sur la photographie, à peu près le temps qui séparait ces textes de l’invention du daguerréotype. Outre la « Petite histoire de la photographie » et l’« Œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique », le thème revient dans plusieurs textes parmi lesquels « Sur quelques thèmes baudelairiens » et « Paris, capitale du dix-neuvième siècle »… Ce dernier contient une définition du concept d’aura qui a le mérite de le situer clairement par rapport à la photographie.
« Una voce » di Giorgio Agamben
Conservateur néolithique
Par Giorgio Agamben
Seul un conservateur néolithique peut être assez révolutionnaire pour ouvrir un nouvel espace à la pensée et à l’action.
Les innombrables personnes
Par Giorgio Agamben
L’un des problèmes politiques fondamentaux – si ce n’est le plus urgent – est de savoir comment penser une multiplicité (ou une multitude) non dénombrable.
Espoir et désir
Par Giorgio Agamben
Nous aussi, à l’instar des habitants des limbes, sommes suspendus entre désir et espérance ; nous avons perdu l’espoir en un monde meilleur et, pourtant, nous continuons vainement à le désirer, sans pouvoir nous en empêcher.
Connaissance et connaissabilité
Par Giorgio Agamben
Il est nécessaire de remettre sans cesse en question la primauté de la connaissance dans notre culture…
